SERVICES A LA PERSONNE DES METIERS D'AVENIR TROP DEVALORISES

17/01/2019


LADEPECHE.FR Publié le 16/01/2019 à 08:09

Services à la personne : des métiers d'avenir trop dévalorisés

Emploi

D'ici 2030, 15 % de la population tarnaise aura plus de 75 ans et 30 % des personnes de plus de 60 ans seront dépendantes selon l'agence régionale de santé. Des données statistiques qui illustrent les besoins du département dans les métiers des services à la personne. Ils concernent l'aide aux personnes âgées mais aussi la petite enfance ou l'assistance aux personnes handicapées. Au total 26 métiers sont recensés sous ce vocable.

Hier, dans ses locaux de Gaillac, Pôle Emploi organisait une rencontre entre des demandeurs d'emploi et des structures spécialisées dans les services à la personne pour le territoire de Gaillac et Graulhet. «Chaque trimestre, nous mettons en place ces jobs dating pour répondre aux besoins de ce secteur», indique Stéphane Adalid, le responsable de Pôle Emploi.

Métiers dévalorisés

Trente demandeurs d'emploi sont venus au rendez-vous dès 9 heures le matin. Essentiellement des femmes. «On recruterait bien des hommes mais ils ne s'orientent pas vers ces métiers, regrettent Emilie Authié de l'ADMR. En milieu rural, il y a encore des freins pour un homme sur ce type de métiers.»

L'ADMR Tarn est une des 7 structures présentes à l'antenne de Gaillac pour recruter. La plupart sont des associations, des entreprises d'insertion. Les services a domicile sont souvent vus comme des heures de ménage mais les services à la personne ne se réduisent pas à cela.

Anthony Gayral travaille pour «Ages sans frontières», une association gestionnaire d'établissements médicaux sociaux. «Nous accueillons des personnes avec un peu d'autonomie mais qui souffrent de troubles psychologiques ou d'un handicap mental. Nous avons donc besoin d'accompagnateurs médico-sociaux. Ils sont issus de la filière accompagnant éducatif et social qui est éligible à des contrats aidés. Aujourd'hui (NDLR : hier), je rencontre des demandeurs d'emploi pour évaluer leur profil dans le cadre de l'ouverture d'un nouvel établissement. Le handicap psychique est un secteur où les besoins sont énormes.»

Des besoins, il y en a aussi à l'ADMR Tarn d'Emilie Authié. «Nous recherchons des auxiliaires de vie et des assistants de vie aux familles. Diplômés ou non diplômé, ajoute Emilie Authié. Mais on a du mal à recruter. C'est un métier qui n'est pas assez bien connu. Il est souvent vu comme un travail par défaut alors qu'il y a des possibilités d'évolution vers aide-soignant par exemple.»

Mais la jeune femme reconnaît aussi que rien n'est fait pour rendre attrayant ces postes. «Ils sont assujettis à une convention collective très moins disant alors que les horaires sont difficiles avec du temps partiel et beaucoup de kilomètres à effectuer quand on est en milieu rural. Pourtant, ces emplois répondent à de nouveaux besoins de la société. Ils permettent à des personnes âgées de rester chez eux quand les familles ne sont plus présentes et qu'il est difficile d'aller dans une structure. Ils demandent de plus en plus de compétences.»

Trouver un emploi stable

Comme hier à ce job dating, les femmes qui postulent à ces postes ont souvent dépassé la quarantaine. «Les plus jeunes ont un peu de mal à accepter ces emplois», indiquent les recruteurs. Mais il y en a. Comme Mélodie. À 23 ans, avec sa formation petite enfance et aide à la personne, elle a cumulé trois boulots. «J'avais un poste fixe dans une école et deux emplois de gardes d'enfants. Mais je viens d'avoir un bébé. Mon compagnon travaille dans la restauration. J'ai besoin d'horaires plus cadrés alors je suis là pour trouver un emploi plus stable».

Un challenge qui sera difficile à relever.

Les services à la personne offrent du travail parce qu'ils répondent aux nouveaux besoins de la société. Mais si ces métiers ne sont pas revalorisés et estimés à leur juste valeur, il sera difficile de répondre aux défis d'une population vieillissante, d'un éclatement de la cellule familiale ou aux besoins d'accompagnement des troubles psychiques, les oubliés de la santé.

Patrick Guerrier